Star One : Live On Earth (2003 - 2 cd / 1 dvd - parue dans le Koid9 n°46)

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Les apparitions scéniques d'Arjen Anthony Lucassen sont rares, très rares, surtout avec son groupe Ayreon. En effet, de l'avis même de l'intéressé, il est quasiment impossible de produire Ayreon en live pour de nombreuses raisons, à commencer par la difficulté à réunir les divers chanteurs, qui ont chacun leur propre groupe, pour toute une tournée. D'un point de vue pratique, le projet Star One se prêtait un peu mieux à une tournée live et, fin 2002, le miracle s'est produit : Star One est apparu sur les planches à huit reprises, entre le 28 septembre et le 5 octobre, en Hollande, en Allemagne et en Belgique. Une date avait bien été prévue en France, à l'époque (à l'Elysée-Montmartre, à Paris), mais pour d'obscures raisons, les contacts français ont été jugés trop peu fiables et farfelus par le guitariste hollandais. Du coup, le concert a été annulé et nous avons dû nous passer de Star One. Seul l'infatigable Marc Moingeon avait alors fait le voyage de Tilburg pour assister à la performance de son hollandais volant préféré.

Mais aujourd'hui, voici que nous pouvons nous rattraper.

A l'origine, aucun enregistrement de la tournée n'était prévu, mais au fur et à mesure des répétitions, puis des concerts, l'idée a fait son chemin dans l'esprit de tous les musiciens et le dernier des huit concerts, celui de Rijssen, en Hollande, a été immortalisé.

Le témoignage de cette tournée se décline d'une part en un double CD, et de l'autre en un coffret contenant le même double CD, auquel s'ajoute un "DVD bonus".

Voyons ce double CD. Marc, dont les yeux scintillent encore de tous les feux de cette apparition scénique, nous livrera ensuite ses impressions sur le DVD.


Le son

Les huit concerts de fin 2002 réunissaient, outre Arjen Anthony Lucassen aux guitares, Ed Warby à la batterie, Peter Vink à la basse, Joost van den Broek aux claviers et Ewa Albering aux flûtes. Les parties vocales étaient assurées par Russell Allen (vous savez, l'amoureux fou de la Tour Eiffel et de sa dulcinée (voir l'article intitulé "(2 * Michael)/2) - (Russell + (Allen)/2) = Tour Eiffel", dans ce même numéro), accessoirement chanteur de Symphony X, l'incontournable Damian Wilson, le fidèle Robert Soeterboek, la belle Floor Janssen (After Forever) et Irène Janssen pour les "backing vocals".

Ce qui frappe d'emblée, à l'écoute de ces galettes, c'est la cohésion de l'enchaînement des 18 morceaux composant ce double CD, malgré le savant mélange de plages issues d'albums d'Ayreon et de Star One. En un peu moins de deux heures au total, nous avons droit à la quasi-totalité de le set-list jouée (seuls certains rappels et les soli font défaut).

Ce qui frappe ensuite, c'est la grande qualité de l'enregistrement et de la production. En fermant les yeux, on s'y croirait…

Après avoir démarré avec trois morceaux issus du "Space metal" de Star One ("lift off", "set your controls" et "high moon"), la bande à Arjen attaque les parties Ayreon de la set-list, qui vont couvrir toute la discographie du groupe, et tout d'abord "The final experiment", avec "dreamtime" et "eyes of time". Retour rapide ensuite sur "Space metal", avec "songs of the ocean", puis passage sur "Flight of the migrator" avec "dawn of a million souls"…. bref il va ainsi jusqu'à la fin des deux CD, avec au bilan 7 morceaux de Star One et 11 d'Ayreon. A croire que cette tournée était un simple alibi pour pouvoir enfin jouer du Ayreon sur scène, même s'il a fallu le faire sous le nom de Star One.

Bien sûr, l'ensemble sonne plutôt métal. Et bien sûr, ce ne sont pas les morceaux les plus calmes d'Ayreon qui figurent sur ce live, mais que ceux qui craignent le métal brutal et speed se rassurent, la part laissée à Ayreon est la meilleure, et l'ensemble demeure très symphonique, limite pompeux. On peut cependant regretter l'absence totale des superbes morceaux aériens d'Ambeon dans cette set-list, qui compte tenu des chanteuses en présence, n'auraient posé aucun problème d'interprétation, et apporté une bouffée d'oxygène dans un ensemble malgré tout un peu lourd.

Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'un témoignage intéressant et très fidèle de ce moment rare qu'est une tournée d'Arjen Anthony Lucassen, dont la France a hélas été dans l'obligation de faire l'économie pour de bien stupides raisons.

Benoît Herr


L'image

Ceux qui ont eu le plaisir et l'avantage de lire mon compte-rendu de concert dans le Koid'9 n°44 savent un peu à quoi s'attendre avec le DVD de ce concert enregistré le dernier soir d'une tournée aussi exceptionnelle que restreinte : les décors de films et séries de SF (la porte de "Stargate" par exemple), l'écran décentré sur la gauche de la scène pour des projections occasionnelles mais sympathiques… un light show assez sophistiqué et surtout dirigé efficacement, avec pas mal d'effets différents suivant les morceaux. Et puis il y a les musiciens, avec leurs costumes futuristes, tous dynamiques et ouvertement TRES heureux d'être sur scène.

Le DVD a été filmé au dernier moment. A Tilburg, Arjen me disait que les concerts n'étaient pas enregistrés pour sortir en live… Il aura fallu la persuasion de quelques amis, dont l'un travaille dans la partie et avait suivi la tournée, avec du matériel emmené à tout hasard dans son véhicule, pour que ceci voit le jour, tant la partie son que la partie vidéo qui est proposée pour un supplément de prix très raisonnable. On a sur ce DVD plus de 2h30 d'images ! Et je vous jure que la petite histoire est vraie ! Arjen Lucassen n'est pas vraiment un calculateur. Conclusion : le film de ce concert est fait avec du matériel professionnel mais dans des conditions non optimales. Il y avait quand même deux caméras, une au fond de la salle et l'autre plus près, légèrement décalée par rapport au centre, malheureusement. Ce n'est pas plus mal que certains concerts enregistrés dans les années 70, néanmoins. De plus, l'énergie de la performance et l'ambiance survoltée du public se trouvent du coup mieux mis en valeur. Bref, ce n'est peut-être pas parfait techniquement parlant, mais comme on vous l'a dit, le son est excellent et on s'y croirait ! Quand vous avez l'impression d'être au premier rang sous la scène, peut-être qu'on voit quelques têtes dans le public mais on peut aussi compter les poils de la barbe de Russell Allen… Occasionnellement admirer les yeux de Floor Janssen et ce n'est pas mal non plus ! Floor et sa sœur Irène sont absolument admirables sur le très doux "valley of the queens", les deux chanteuses ayant ici l'occasion d'utiliser le registre d'opéra (qui a dit que ce live n'était que brutal ?) ! Les plus progressifs "the eye of ra" et le très long "starchild", avec tous les chanteurs réunis, c'est un mur du son magnifique… Le duel entre Arjen et le jeune Joost van den Broek est également désopilant – et balaise ! –, sans parler du court solo de basse de Peter Vink ! Et puis voir tous ces musiciens à la fin du concert, comme des gosses, s'amusant avec le public qui ne veut décidément pas les laisser s'en aller, c'est assez… touchant, oui. On ne voit pas tous les jours dans le monde du rock tant de talent couplé à autant de sincérité.


L'intérêt du DVD,c'est aussi de retrouver l'intégralité du concert, plus de 2h15. Seul regret, la reprise de "space truckin'" de Deep Purple est enregistrée dans une qualité "pirate" (les opérateurs ayant probablement manqué de bande, Arjen s'est rabattu sur les films pris par deux fans dans la salle). Pareil pour l'hilarant délire acoustique "the intergalactic laxative" et puis la version de "dreamtime" interprétée par Edward Reekers, ces deux derniers titres étant enregistrés à Tilburg… ces trois bonus ne sont pas au top au niveau sonore, pas plus que visuel. C'est bien dommage car "space truckin" est fabuleux ! Jamais Purple ne l'a fait comme ça ! Avec 6 chanteurs, c'est le pied !

Et le final a cappella avec la foule qui s'y met ! Quand on y était, ça fait plaisir évidemment de revivre ces moments-là. Nul doute qu'avec un petit peu d'imagination, vous sentirez aussi l'excitation tangible du moment.

On peut aussi voir Damian Wilson non seulement en très grande forme (meilleur que Bruce Dickinson sur "into the black hole", par exemple) mais aussi très sportif et téméraire, n'hésitant pas à faire un "stage diving" très soft, porté par la foule ! Quant à Robert Soeterboek, il a un jeu de scène un peu curieux mais on le trouve très performant sur les titres d'Ayreon, par exemple.

Le DVD bonus a lui-même des bonus, ceux que je viens de citer mais aussi un petit reportage de la soirée où les fans étaient invités après le show, avec Russell et Arjen jammant en reprenant une chanson des Beach Boys ! Etonnant, non ? On a aussi un documentaire intéressant et drôle sur les coulisses des répétitions… Définitivement, le meilleur endroit où un chanteur peut s'entraîner, c'est dans les sanitaires : c'est là que ça résonne le mieux !

Un excellent complément au CD live – à moins que ce ne soit plutôt l'inverse !

Marc Moingeon






Cet article provient de Koid'9 magazine rock & progressif

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